Discours d’ouverture du Congrès d’Aubervilliers, par Mathieu Monot

Chers camarades,

Soyez les bienvenus en Seine-Saint-Denis !

Soyez les bienvenus dans cette terre où résonnent les attentes populaires… où l’Histoire de France s’est parfois embrasée…

C’est ici, en 1913, que Jaurès proclamait des discours passionnés, la voix éraillée, l’habit en bataille, le corps suspendu sur la butte du Chapeau rouge au Pré Saint-Gervais pour faire arrêter la folie meurtrière qui allait emporter le XXeme siècle.

C’est ici, en 1971, à Epinay – sous le regard attentif de notre regretté camarade Marcel Debarge, que Mitterrand déclamait ce mantra sur « la rupture avec l’ordre établi » qui fait encore battre le cœur des militants et engageait un renouveau conquérant du Parti socialiste. C’est ici, en 2005, que la souffrance et la désespérance des plus humbles dérapèrent dans une radicalité incendiaire… la révolte sociale d’une jeunesse française reléguée au-delà des périphériques, marquée par l’impuissance de la République, émue par l’innocence fragile du regard de deux jeunes garçons – Zyed et Bouna.

C’est ici, au quotidien, que les amoureux de la République se battent pour faire vivre la promesse d’égalité dans un territoire où les usines, les cheminées et leurs fumées ont rencontré la richesse des vagues d’immigration, les grands ensembles et la désindustrialisation, où le dynamisme économique et culturel actuel doit projeter nos concitoyens dans un destin commun. Cette promesse m’amène naturellement à avoir une pensée émue pour notre regretté camarade, Jacques Salvator… ce militant jusqu’au bout… cet homme passionné et passionnant… ce passeur d’idées, et de mots… ce maire attentif qui, tel le médecin qu’il était, écoutait chaque battement de cœur de sa ville… Oui, Jacques Salvator, ce maire socialiste emblématique d’Aubervilliers qui nous a brutalement quittés il y a deux ans. Nous reprenons avec fierté le flambeau qu’il nous a transmis et je vous invite, chers camarades, pour honorer sa mémoire, à vous lever, à l’applaudir…

J’adresse un salut amical à Evelyne Yonnet-Salvator ainsi qu’à l’ensemble des camarades d’Aubervilliers et à leur secrétaire de section Marc Guerrien.

Chers camarades, Oui, soyez les bienvenus en Seine-Saint-Denis, ici, où nous avons ressenti, comme ailleurs les effets dévastateurs de nos frondes bruyantes et de nos querelles insensées, de nos petites concessions devenues de grands renoncements.

Nous l’avons amèrement éprouvé dans ce département qui, depuis 2014, compte plus de maires de droite que de gauche et, depuis le printemps dernier, n’a plus un seul député socialiste. Bienvenus dans ce beau département où plane encore l’esprit du discours de François Hollande au Bourget.

En 2012, notre adversaire n’avait pas de visage, pas de parti, et ne présentait pas de candidature. En 2017, ce même adversaire, le monde de la finance, a un visage, un nom, il a été élu et il gouverne. Il s’appelle Emmanuel Macron. Des grands soirs glorieux aux petits matins difficiles, la Seine-Saint-Denis est un miroir grossissant de la France. C’est surtout une boussole pour la gauche et les socialistes. En nous retrouvant, ici, à Aubervilliers nous prenons date avec notre Histoire mais surtout avec notre avenir.

Cher Olivier, je suis heureux de te retrouver, dans ces rôles nouveaux qui sont désormais les nôtres. Je n’oublie pas – car tout est symbole – que le chemin de la renaissance t’a conduit dans une ville qui m’est chère, à Pantin, au lendemain du dépôt de ton texte d’orientation en janvier – et permettez-moi de saluer mon maire, Bertrand Kern.

Olivier, je sais que l’on peut compter sur toi pour réaffirmer quelques principes élémentaires ! Assumons enfin ce que nous sommes : une force politique de gauche, sérieuse, aujourd’hui clairement dans l’opposition, une organisation volontaire pour imaginer un état social fort, façonnée par notre détermination à prendre en main les destinées du pays. Cessons de donner à voir une société composée non plus de classes sociales mais d’une agrégation d’individus sans conscience collective. Et refusons tout ce «prêt à penser» proposé par quelques « think tanks » autoproclamés qui ont asséché notre intelligence militante.

Chers camarades, notre socialisme, c’est avant tout la définition de communs, de cette chose commune, cette manière de comprendre le monde où l’on sait que l’intérêt général ne sera jamais la somme des intérêts particuliers. Notre socialisme, c’est d’abord une certaine idée de la République. La gauche et le socialisme ont trop souffert de cette analyse mortifère qui voudrait faire de la somme de minorités sociologiques une majorité politique et sociale. Il nous faudra réenchanter le pari républicain et donner corps à cette belle devise « Liberté, Egalité, Fraternité » dont le ciment, en France, est la laïcité.

Notre socialisme, c’est ensuite un rapport à l’économie. Notre histoire collective s’est construite autour de la défense des travailleurs et de la lutte contre les inégalités économiques et sociales pour une meilleure répartition des richesses. Et cela pose inévitablement notre rapport au travail. Quand la gauche parle de son hypothétique disparition, elle rompt avec sa tradition de défense des travailleurs. Elle cède à la défaite culturelle qui consiste à passer de la protection du « citoyen- travailleur » à celle du « citoyen-consommateur », de la revendication salariale et l’amélioration des conditions de travail à la défense du pouvoir d’achat et du droit à consommer. La condition est sociale, le combat reste social parce que la victoire sera sociale. Notre socialisme, c’est enfin une pensée internationaliste. La mondialisation capitaliste n’est pas qu’un processus économique. C’est cette machine folle qui va de la finance vorace à l’assèchement des ressources naturelles, de la concentration des richesses au réveil des nationalismes, de l’affirmation de projets religieux et politiques expansionnistes à l’émergence de possibilités infinies par l’intelligence artificielle. Cela nous impose d’affirmer que le « front des luttes » est européen et mondial.

Internationale est aussi la lutte contre les inégalités, particulièrement celles entre les femmes et les hommes. L’égalité n’est pas négociable, elle n’est pas amendable, nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle pour que cette égalité des droits soit enfin une réalité.

Chers Camarades, Voilà ce que nous devons être, voilà les grandes questions auxquelles nous nous devons de répondre alors que s’ouvre le 78eme congrès du Parti socialiste. Comme vous, je sais les questions qui ont pu secouer notre organisation au cours de ces dernières années. Je sais les interrogations de nombre de nos camarades, dans nos sections et plus largement du peuple de gauche. Nous connaissons ses attentes, ses espérances mais aussi ses désespérances. Oui, c’est dur. On a beau vouloir, de toutes nos forces, en infléchir le cours, l’Histoire n’est jamais complaisante. La lâcheté nous inviterait à faire semblant de ne pas voir. Elle est mauvaise conseillère et nous préférons lui opposer le courage.

Le courage à gauche, c’est d’affronter les obstacles, accepter les efforts à condition qu’ils soient justes, et, surtout, qu’ils concourent à nous projeter dans le progrès social.

Notre congrès était attendu. On nous annonçait le pire. Et je veux saluer les démarches respectueuses et collectives d’Olivier, de Stéphane, d’Emmanuel et de Luc. N’en déplaise aux nostalgiques de Rennes ou de Reims, aux amateurs de westerns, nous avons réussi le meilleur ! Car oui… oui, nous préférons la douceur du rassemblement – avec toutes ses exigences –, aux brusqueries de la division ! Ici aussi, en Seine-Saint-Denis, nous avons fait le choix du rassemblement. Le 29 mars dernier, j’ai eu l’honneur d’être élu Premier Secrétaire fédéral pour succéder, et certainement pas remplacer – il est irremplaçable ! – mon ami Philippe Guglielmi. Imaginez bien que pour prendre sa suite nous avons dû faire, collectivement, le choix du rassemblement pour incarner un Parti socialiste uni, représentatif de toutes nos sensibilités autour d’une nouvelle direction fédérale renouvelée et paritaire. Dans nos sections, dans nos fédérations… partageons, échangeons et construisons. C’est le rôle du PS que d’être un défricheur d’idées neuves et un créateur d’audace. C’est le rôle du PS que d’être la caisse de résonance de la gauche. C’est sur ce parti-là que l’on doit s’appuyer pour mener les combats politiques qui viennent.

Un parti qui sait d’où il vient – de la gauche – , où il veut aller – à la victoire – et pour quoi faire – changer les conditions de vie de ceux qui en ont tant besoin. Parce que nous sommes de gauche, parce que nous sommes socialistes, il y a des verbes qui ne feront jamais partie de notre vocabulaire : abandonner, renoncer, laisser tomber. C’est cette leçon de vie, cette manière de voir la politique qui ont permis à un gamin de ce territoire, de s’élever dans la république aux plus hautes responsabilités de l’Etat. Et je veux forcément adresser un clin d’œil à celui qui restera comme l’un des grands Présidents de l’Assemblée nationale, à notre ami Claude Bartolone qui, je le sais, reste attentif à notre devenir collectif !

Cher Olivier, tu le sais, le travail qui t’attend est immense. Mais sache que tu trouveras à tes côtés des femmes et des hommes volontaires et qui sont prêts à s’engager, projet contre projet, valeurs contre valeurs.

Car si nous ne les entendons plus, ne les oublions pas… vous savez celles et ceux qui se font appeler « Les Républicains » … ils restent là, tapis dans l’ombre… mais c’est toujours la même PME… Sarkozy-Wauquiez… Wauquiez-Sarkozy… c’est toujours cette supérette de la vulgarité… ce grand bazar de l’outrance… cette petite quincaillerie où l’on cherche simplement à cacher les quelques casseroles qui traînent sur les rayons ! Et que dire de ce grand supermarché de la haine à l’appétit grandissant dont les propriétaires portent, génération après génération, le même nom. Nous ne pouvons nous résoudre à ce que l’extrême-droite, dans un pays comme la France, dans un continent comme l’Europe, qui ont connu le bruit des bottes, prenne toute sa place à la table de la République. L’accepter, c’est déjà capituler.

Quand on est la gauche, on n’est pas là simplement pour chroniquer la montée inexorable de l’extrême-droite. On est là pour l’empêcher, on est là pour la combattre !

Chers camarades, j’en termine. Puisque nous célébrons cette semaine les 50 ans de la disparition de Martin Luther King, faisons nôtres ses paroles : « Si vous ne pouvez pas voler, alors courez ; Si vous ne pouvez pas courir, alors marchez ; Si vous ne pouvez pas marcher, alors rampez ; Mais quoique vous fassiez, vous devez continuer à avancer. » Notre renaissance, mes chers camarades, ce chemin que nous devons emprunter, il commence à Aubervilliers ici et maintenant ! Bon congrès !